De l’animal à l’homme, un binôme insolite

Des chiens d’accompagnement aident les personnes en situation de handicap : l’association L’Autre Regard nous propose son témoignage.

L’aide aux personnes handicapées est primordiale dans notre société. Tout le monde a besoin de tout le monde. L’Autre Regard propose des chiens d’accompagnement aux personnes nécessitant de l’aide afin qu’elles retrouvent de l’autonomie. Habituellement, le chien fait 18 mois en famille d’accueil, puis passe 6-7 ans avec la personne handicapée et finit par le lui être retiré lorsque l’animal a terminé sa tâche. Avec L’Autre Regard, le chien appartient à la personne en situation de handicap et l’accompagne toute sa vie. Cette création de binômes évite que le chien ne soit accessoirisé et tisse un lien profond entre accompagnants et accompagnés.

La philosophie de L’Autre Regard est très simple : elle met la personne en situation de handicap au centre et lui redonne sa liberté d’action et son indépendance. Dès le premier jour, l’animal partage le toit de son maître et fait partie intégrante de sa vie.

Rencontre avec Sonja Desclouds et Frédéric Roman, respectivement présidente et vice-président de l’association

L’Autre Regard existe depuis novembre 2002. Son nom nous interpelle. Sonja Desclouds nous répond d’un air déterminé : « Nous n’avions pas besoin d’avoir un nom qui indique que nous utilisons des chiens. Nous voulions mettre en avant le regard, celui de la société envers le handicap, celui des formateurs sur le handicap, puis celui du chien par rapport au bénéficiaire. Le mot “regard” devait donc à tout prix rentrer dans le titre et on peut le tourner dans tous les sens, on lui trouvera toujours une signification !! »

La présidente insiste beaucoup sur le regard de la société vers le handicap et pense que cette vision doit être modifiée. Trop souvent, nous partons du principe que la personne handicapée ne sait rien faire et que les autres doivent tout faire à sa place.

Il y a comme « une infantilisation des personnes en situation de handicap qui doit disparaître », ajoute Mayra, notre assistante-reporter.

Son fonctionnement

L’Autre Regard souhaite placer la personne handicapée au centre en la formant pour que cette dernière puisse à son tour instruire son chien qui deviendra son bras droit. Toutes les races de chien sont acceptées, dans la limite du possible, car cela dépend également du type de travail que l’animal doit réaliser.

Au début, deux entretiens sont nécessaires afin de s’assurer que la personne est capable, a la volonté, la force et la détermination de former son chien. On lui explique aussi les avantages et les potentiels désavantages.

Puis vient le choix de l’élevage et l’apprentissage d’aide du chien dans différents domaines et sur différentes textures (herbe, trottoir, grillage). Il faudra parfois optimiser l’aménagement d’un appartement pour que l’accueil du chien soit facilité. Il faudra également déterminer si le chien est destiné à des personnes avec une déficience visuelle ou à des personnes mobilité réduite pour lesquelles il faudra un animal assez costaud.

Le travail des chiens

Les chiens sont formés pour tout type de travail : ramasser des objets ou apporter, par exemple, une trousse de médicament suite au déclenchement d’une alarme médicale. Ils sont aussi capables de détecter le vibrateur jaune des feux de signalisation afin de traverser au vert. Tous les chiens portent un harnais garni d’un logo, ainsi que d’un « L » s’ils sont en apprentissage et ont une carte de membre.

La formation

Elle dure environ deux ans. La première année correspond à la phase de socialisation et la deuxième est spécifique au ramassage d’objet. À la fin de chaque formation, le chien passe un examen et obtient, après deux ans, la certification définitive. Si l’association paye le chien, le maître de ce dernier s’engage à terminer la formation. Par ailleurs, chaque chien a un parrain ou une marraine lors de l’absence du maître. Ces derniers continueront le travail du maître en cas d’absence provisoire de celui-ci.

L’association s’impose de travailler également sur certaines peurs des chiens, bien que ces derniers passent la journée type du maître. Cela sert à éviter plus tard que la personne handicapée ne soit nouvellement atteinte par une angoisse que l’animal développerait.

Chaque formateur est formé par l’association, mais doit déjà être titulaire d’un diplôme d’éducateur canin. Tous les accompagnements sont gratuits et ce sont les formateurs qui apprennent au maître les exercices.

Les chiens-guides ou d’assistance accompagnent de nombreux types de handicaps comme la malvoyance, la surdité, les personnes à mobilité réduite, mais aussi certaines maladies évolutives comme la sclérose en plaques. Des interventions vétérinaires sont parfois requises par la force des choses. Notons à ce sujet que l’association ne prend aucun chien des Pays de l’Est, mais uniquement d’élevage, hormis quand le chien est déjà la propriété du maître. Contrairement aux chiens guides appartenant aux écoles et touchant des prestations AI, les animaux sont ici la propriété du maître et indirectement de l’association.

Plaisir du travail

En moyenne, nos amis à quatre pattes peuvent exercer jusqu’à 13-14 ans. Lorsque l’animal n’est plus capable d’assurer son accompagnement, il est possible de prendre un deuxième chien.

Les récompenses sont exclusivement des caresses ou des félicitations, et très exceptionnellement des friandises. Notre ami ne doit pas travailler pour de la nourriture, mais pour le plaisir du travail !

Les chiots sont pris entre 8 et 10 semaines pour bénéficier de la période de développement de leur activité cérébrale. Suite à cette période commence le véritable apprentissage (après leurs 4 mois).

L’association ne reçoit aucune subvention et est financée par des dons et les cotisations des membres.

Enfin, la philosophie de L’Autre Regard est très simple : elle met la personne en situation de handicap au centre et lui redonne sa liberté d’action et son indépendance. Le lien que la personne crée avec son chien reste primordial.

Témoignage d’une bénéficiaire

Corinne, 53 ans, est atteinte d’arthrogrypose congénitale (articulations bloquées et déficience musculaire) depuis la naissance ainsi que de cataplexie (maladie neurologique avec perte de tonus musculaire et chute fréquente). Elle a possédé deux chiens d’assistance depuis 2005.

Son chien est un berger belge de 20 kg qui lui « a changé la vie ».

Lorsqu’elle tombe sur le sol, en état de crise, et qu’elle ne peut se relever toute seule, le chien lui fait bouger le bras. Cela provoque une réaction musculaire et une reprise de ses esprits. Elle peut ainsi se relever et poursuivre son activité.

Corinne ajoute : « L’Autre Regard, contrairement aux autres associations, permet de mettre l’accent sur ce dont on a vraiment besoin. Lorsque je suis sortie de l’hôpital en 2004, j’avais un fort besoin de mouvement… Cela m’était d’ailleurs recommandé médicalement. J’ai donc adopté un chien à la SPA puis fait une recherche sur une association qui formerait les chiens tout en pouvant garder le mien. Je suis tombée sur L’Autre Regard. Je suis vraiment très satisfaite de cette association. Ce qui s’est passé, c’est que mon chien, très intuitif, m’a sauté dessus durant une crise de cataplexie et cela m’a permis de reprendre le contrôle de mon corps. »

L’intuition de l’animal est souvent le meilleur moyen de communication avec l’humain et aucune erreur d’interprétation n’est possible. De l’animal à l’homme, un binôme insolite…

« C’est parce que l’intuition est surhumaine qu’il faut la croire ; c’est parce qu’elle est mystérieuse qu’il faut l’écouter ; c’est parce qu’elle semble obscure qu’elle est lumineuse. »
(Victor Hugo)

Site internet
https://www.lautre-regard.ch/