Dans la peau d’un hippopotame

Par Celya
Dans la peau d'un hippopotame

Bonjour, merci de m’accueillir chez vous pour cette interview exclusive depuis l’avenue des Cours d’Eau, en République démocratique du Congo, à Kinshasa.

Merci beaucoup d’avoir pensé à moi pour cet entretien. Je suis ravi de pouvoir vous faire découvrir mon univers.

Famille

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler de votre famille ?

Je m’appelle Zuberi et j’ai 20 ans. Je vis avec ma femme Mila et nos deux enfants : Sefu et Zora.

Le prénom de mon fils signifie « épée », ce qui évoque la force et le courage. Cela convient bien à Sefu, qui est très fort et téméraire pour son âge. Le prénom de sa sœur jumelle, Zora, signifie « aurore ». Effectivement, ma fille est une lève-tôt.

Quant au prénom de mon épouse Mila, il signifie « aimée » ou « chère ». Elle est très gentille et sociable. Mon prénom Zuberi signifie également « force ». En tant que chef de famille, mon caractère est fort, comme moi.

Votre famille m’impressionne beaucoup. Pouvez-vous nous donner une idée de vos poids et de vos tailles ?

Bien sûr. Je pèse 2 700 kg et je mesure environ 4 mètres. Ma hauteur au garrot est de 1,65 mètre.

Ma femme Mila pèse 2 000 kg et mesure 3,50 mètres. Notre fils Sefu pèse 700 kg et a 4 ans, et sa jumelle Zora pèse 650 kg.

Chez les hippopotames, les naissances de jumeaux sont extrêmement rares. Et il est peu commun de vivre comme nous en famille. D’habitude, nous vivons en groupes de 10 à 30 individus comportant plusieurs mâles et femelles, dominés par un mâle.

Laissez-moi quelques secondes pour digérer toutes ces informations. Vous êtes effectivement des animaux assez impressionnants !

Prenez votre temps !

Histoire

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre espèce ? Depuis combien de temps existe-t-elle et à quelle famille appartenez-vous ?

Laissez-moi vous donner une petite leçon d’histoire et de géographie animalière.

Les ancêtres des hippopotames existent depuis environ 16 à 20 millions d’années. Nous appartenons à la famille des hippopotamidés. Notre espèce porte le nom scientifique Hippopotamus amphibius, aussi appelé hippopotame commun.

Notre nom vient du grec ancien hippopótamos, qui signifie « cheval de rivière », formé de hippos (« cheval ») et potamos (« fleuve »). Ce nom fait référence à notre grande taille et à notre mode de vie dans les cours d’eau. Malgré cette appellation, nous sommes beaucoup plus proches des cétacés, comme les baleines et les dauphins, que du cheval sur le plan de l’évolution.

Votre espèce occupe-t-elle également une place particulière dans l’histoire et les cultures africaines ?

Oui. Dans plusieurs traditions africaines, nous sommes associés aux forces de la nature. Certaines légendes nous présentent comme des gardiens des rivières et des symboles de puissance cachée derrière une apparence calme.

Dans l’Égypte ancienne, nous avions également une place importante dans certaines croyances. La déesse hippopotame Taweret était associée à la protection des femmes enceintes et des enfants.

Savez-vous combien d’hippopotames vivent actuellement en Afrique ?

On estime qu’il reste environ 115 000 à 130 000 hippopotames communs en Afrique. Cela peut sembler beaucoup, mais nos populations diminuent dans plusieurs régions à cause de la disparition de notre habitat due aux activités humaines.

Quotidien

Comment décririez-vous votre mode de vie au quotidien ?

Nous sommes des mammifères très robustes et étonnants. Nous sommes semi-aquatiques : nous passons une grande partie de notre temps dans l’eau, mais nous devons aussi aller sur la terre ferme pour nous nourrir.

Dans quels types de milieux passez-vous la majorité de votre temps ?

Nous passons beaucoup de temps dans les rivières, les lacs et les zones humides d’Afrique. L’eau nous aide à supporter notre grande masse et protège notre peau du soleil.

Vous vivez en groupe. Avez-vous malgré tout besoin de moments plus tranquilles ?

Comme beaucoup d’animaux sociaux, nous alternons entre vie collective et moments plus calmes.

Alimentation

À quel moment de la journée allez-vous chercher votre nourriture ?

Lorsque la nuit tombe, nous sortons de l’eau pour aller manger sur la terre ferme. Nous pouvons parcourir plusieurs kilomètres, parfois jusqu’à une dizaine, pour trouver notre nourriture. Pendant la journée, nous restons généralement dans l’eau, en groupe.

Que mangez-vous et quelle quantité de nourriture pouvez-vous consommer chaque jour ?

Je suis un grand herbivore. Je mange principalement de l’herbe et des végétaux.

Selon les individus, certains hippopotames peuvent consommer environ 40 à 60 kg de végétation par jour.

Entre vous et votre femme Mila, qui mange le plus ?

Je pense que je gagne cette compétition ! Je suis plus grand et plus massif que Mila, donc mes besoins alimentaires sont plus importants.

Est-ce que votre physique imposant a joué un rôle pour séduire Mila ?

(Rire) Elle a surtout choisi quelqu’un qui avait beaucoup de force !

Spécificités

Vous êtes très imposant. Comment réagissez-vous lorsque vous vous sentez en danger ?

Nous commençons souvent par une intimidation. Nous ouvrons largement notre gueule, parfois jusqu’à environ 150 degrés, afin de montrer nos grandes canines.

À titre d’information, notre mâchoire est capable d’exercer 141 kg de force de morsure au cm². Cette pression est suffisante pour broyer facilement des os épais ou écraser une pastèque en une seule morsure !

Nous grognons, nous soufflons dans l’eau, puis, si la menace continue, nous pouvons charger.

Avec un tel poids, on pourrait penser que vous êtes plutôt lent. Quelle vitesse pouvez-vous atteindre sur terre ?

Nous sommes capables d’atteindre environ 30 km/h sur terre sur une courte distance. À cette vitesse, je peux rattraper la plupart des humains. Mais Usain Bolt peut encore dormir tranquille !

Et dans l’eau, quelle vitesse pouvez-vous atteindre ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent, nous ne nageons pas vraiment comme des poissons. Nous avançons plutôt en marchant ou en rebondissant sur le fond de l’eau grâce à notre corps lourd.

Nous pouvons atteindre 8 km/h. Nous pouvons ainsi rivaliser avec les meilleurs nageurs olympiques sur une courte distance.

Nous et la planète

On comprend mieux vos capacités. Mais au-delà de vos performances, quel rôle jouez-vous dans les écosystèmes et pourquoi êtes-vous importants pour la planète ?

Nous sommes de véritables gardiens des écosystèmes africains.

Par nos déplacements dans les rivières et sur les terres, nous transformons notre environnement : nous creusons des chemins dans l’eau, entretenons certaines zones humides et aidons à créer des espaces où de nombreuses autres espèces peuvent vivre.

Nos actions influencent l’équilibre de la nature et participent au bon fonctionnement des milieux naturels. Sans nous, certains écosystèmes africains seraient profondément différents.

En broutant les végétaux sur terre et en allant ensuite les déféquer dans les eaux, nous fertilisons les milieux aquatiques et favorisons le développement des micro-organismes et des poissons. Comme ça, tout le monde sort gagnant !

Vous passez beaucoup de temps dans l’eau et dans la boue. Que pensez-vous des bains de boue ?

Nous adorons cela !

La boue est très importante pour notre peau. Elle nous protège du soleil et aide à éviter qu’elle ne se dessèche, comme la crème solaire pour vous, les humains !

Nous fabriquons aussi notre propre protection naturelle. Il s’agit d’un liquide rouge-orangé surnommé « sueur de sang ». Mais je vous rassure, ce n’est pas du sang. Cette substance contient des pigments qui agissent comme une protection contre les rayons du soleil et possède aussi des propriétés antibactériennes, ce qui aide à protéger notre peau lorsqu’elle reste longtemps hors de l’eau.

Ce n’est donc pas seulement un plaisir, c’est une nécessité pour notre survie.

Légendes

Votre espèce est entourée de nombreuses histoires et légendes. Pouvez-vous nous en raconter une ?

Oui, voici une légende africaine.

Autrefois, l’hippopotame vivait uniquement sur la terre. Mais il faisait si chaud qu’il demanda au Créateur la permission de vivre dans les rivières pour se rafraîchir.

Le Créateur craignait qu’il mange tous les poissons. L’hippopotame lui assura alors qu’il était herbivore et qu’il ne mangerait jamais de poissons.

Pour le prouver, il accepta de répandre ses excréments en les dispersant avec sa queue afin que tout le monde puisse voir qu’ils ne contenaient que de l’herbe.

Depuis ce jour, les hippopotames vivent dans l’eau et agitent leur queue lorsqu’ils défèquent.

Comment nous protéger ?

Malgré votre importance pour les écosystèmes, vous êtes encore chassés par certains humains. Pour quelles raisons ?

Malheureusement, les braconniers nous chassent pour notre viande, mais aussi pour nos grandes canines.

Nos dents contiennent de l’ivoire. Elles sont utilisées pour fabriquer des objets sculptés ou remplacer l’ivoire d’éléphant.

Avec de telles dents, est-ce que vous allez parfois chez le dentiste ?

La dernière fois que nous avons pris rendez-vous, le dentiste n’était pas très rassuré.

Il a observé mes grandes dents et il est rapidement reparti en courant !

Quelles mesures les humains peuvent-ils prendre pour mieux vous protéger ?

Notre protection repose sur plusieurs mesures : protéger notre habitat, lutter contre le braconnage et encadrer notre chasse.

Nous sommes notamment protégés par la convention internationale CITES.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est cette convention ?

C’est une convention conclue en 1973 qui vise à contrôler le commerce international des espèces sauvages et menacées.

Quel message aimeriez-vous adresser aux humains pour les sensibiliser à votre condition ?

Nous sommes souvent perçus comme des animaux dangereux, mais nous sommes surtout des êtres vivants essentiels aux écosystèmes.

Protéger les hippopotames, c’est aussi protéger les rivières, les zones humides et l’équilibre de la nature.

C’est tout bon pour moi. Merci de m’avoir consacré votre temps, c’était un plaisir de vous interviewer ! Grâce à vous, ceux qui liront cet article en sauront davantage sur cette incroyable espèce qu’est l’hippopotame. J’espère que, dans un futur proche, votre espèce ne souffrira plus par notre faute et que nous apprendrons à vous respecter et à vous considérer comme notre égal !

Avec grand plaisir ! J’espère que mes réponses étaient suffisamment claires.

Au revoir et bon retour !

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