Recevoir beaucoup d’informations, se sentir en décalage ou réagir fortement à son environnement : la haute sensibilité peut compliquer le quotidien, mais elle peut aussi être une richesse. Thérapeute agréée ASCA, Ursula Sila-Gasser accompagne notamment des personnes qui se reconnaissent dans la haute sensibilité ou le haut potentiel. Elle invite à considérer ces mots comme des repères, et non comme des cases.
Dans la recherche, la haute sensibilité, aussi appelée sensibilité au traitement sensoriel, désigne un trait associé à une réactivité accrue aux stimulations internes et externes. Elle ne constitue pas, en elle-même, un trouble ou un diagnostic.
De la biochimie à la relation d’aide
Titulaire d’un doctorat ès sciences en biochimie de l’Université de Lausanne, Ursula Sila-Gasser a d’abord travaillé dans la recherche. Elle s’est ensuite tournée vers les thérapies brèves et l’approche centrée solution. Sa formation l’a menée à Genève, en Belgique, puis à Denver, aux États-Unis, où elle a obtenu un certificat international dans ce domaine.
Agréée ASCA depuis 2008, elle reçoit aujourd’hui à Lausanne, à Genève et en visioconsultation. Elle exerce comme thérapeute et formatrice en approche centrée solution.
Ses connaissances se sont construites au fil des formations, des lectures, des échanges et de la pratique. Au cabinet, les difficultés relationnelles et les conséquences de la violence psychologique occupent une place centrale. C’est aussi là qu’elle a rencontré de plus en plus de personnes se décrivant comme hypersensibles ou à haut potentiel.
Quand la sensibilité complique les relations
Les personnes qui consultent Ursula Sila-Gasser viennent souvent parler de relations qui les ont fait souffrir. Certaines ont grandi dans un climat familial difficile. D’autres ont connu la dévalorisation, l’emprise ou d’autres formes de violence psychologique.
Dans sa pratique, elle observe que de nombreuses personnes très sensibles possèdent une vie intérieure riche et perçoivent finement les émotions ou les changements d’ambiance. Selon elle, cette grande réceptivité peut aussi les rendre plus vulnérables face à quelqu’un qui exerce une violence psychologique.
Ce constat l’a amenée à approfondir la haute sensibilité et le haut potentiel. Elle ne présente pourtant pas ces notions comme une explication universelle. Elles peuvent éclairer un vécu, mais ne résument jamais une personne.
Des repères, pas des cases
Les termes « hypersensible » et « haut potentiel » sont devenus courants dans les livres, les médias et sur les réseaux sociaux. Pour Ursula Sila-Gasser, ils peuvent aider à mettre des mots sur ce que l’on vit, à condition de rester prudent face aux raccourcis. « On trouve facilement des tests sur Internet, mais je me méfie des questionnaires où il suffit de cocher des cases. Les raccourcis peuvent être trompeurs. »
Le haut potentiel intellectuel peut être évalué par un ou une psychologue formée à la passation et à l’interprétation de tests spécifiques. Le résultat peut donner des clés pour comprendre certaines facilités, certaines difficultés ou un sentiment de décalage. Il ne doit pas devenir une identité figée.
Haute sensibilité et haut potentiel : rien de tranché
Dans les discours grand public, la haute sensibilité et le haut potentiel sont souvent associés. Ursula Sila-Gasser refuse toutefois de présenter ce lien comme une certitude scientifique. « Concernant la corrélation entre hypersensibilité et haut potentiel, les avis divergent. J’ai effectué quelques recherches, mais je n’ai rien trouvé de définitif. »
Elle précise ne pas être spécialiste de cette question. Dans ses consultations, elle constate néanmoins que certaines personnes à haut potentiel vivent un décalage avec leur entourage. Lorsque ce décalage n’est ni compris ni accompagné, il peut rendre la vie plus compliquée. D’autres personnes trouvent leur place et s’épanouissent, notamment lorsqu’elles sont entourées de personnes qui respectent leur manière de fonctionner.
Elle met donc en garde contre un récit qui ferait systématiquement des personnes à haut potentiel les victimes d’une société incapable de les comprendre. Elle rappelle aussi ce que nous devons aux artistes et aux écrivains dont la façon de penser s’écarte de la moyenne. La valeur d’une œuvre, souligne-t-elle, ne se mesure pas à son succès commercial.
Quand les stimulations deviennent trop nombreuses
Une grande réceptivité ne signifie pas nécessairement que le cerveau traite mieux ou plus rapidement toutes les informations. Pour Ursula Sila-Gasser, la quantité de stimulations reçues peut finir par dépasser la personne. « Une personne peut au contraire recevoir tellement d’informations qu’elle se perd, ne parvient plus à y faire face et n’arrive plus à les traiter. »
Cette sensibilité peut donc devenir handicapante dans certaines situations. Elle possède aussi un versant plus lumineux : elle peut permettre de percevoir des nuances, de vivre une expérience avec profondeur et de savourer les choses avec une intensité particulière.
Trouver un milieu qui laisse respirer
Dans le monde du travail, l’activité indépendante peut offrir davantage de liberté dans l’organisation. Ursula Sila-Gasser rappelle toutefois qu’elle ne règle pas tout. « Ce n’est pas une baguette magique. Même les indépendants restent soumis à des contraintes sociales et économiques. Ils doivent payer leurs impôts, leur loyer et générer eux-mêmes leurs revenus. »
Une entreprise qui favorise l’expression de chacun et accepte plusieurs manières de fonctionner peut tout aussi bien convenir. L’enjeu est surtout de trouver un environnement dans lequel la personne puisse mobiliser ses compétences et trouver sa place.
La même question se pose à l’école. Ursula Sila-Gasser se dit parfois étonnée par certaines réactions d’enseignants, malgré les connaissances disponibles aujourd’hui. Elle voit toutefois d’un bon œil la place croissante de ces sujets dans les médias : en parler permet au moins de sensibiliser et d’ouvrir la discussion.
Écouter sans prétendre savoir
Comment accompagner une personne très sensible ? Pour Ursula Sila-Gasser, il n’existe pas de recette valable pour tout le monde. L’approche centrée solution, issue des thérapies brèves, l’invite à partir de la personne, de ce qu’elle souhaite changer et des ressources dont elle dispose déjà. « J’essaie de rester constamment curieuse. Comme tout le monde, j’ai mes filtres, mes idées et mes préjugés, mais l’objectif est d’adopter une curiosité bienveillante et de véritablement écouter l’autre. »
Cette position de « non-savoir » ne signifie pas que la thérapeute renonce à son expérience. Elle évite plutôt de croire qu’elle connaît déjà ce que l’autre pense ou ressent. La personne accompagnée reste celle qui connaît le mieux son histoire et sa réalité.
Commencer par la bienveillance envers soi-même
Le premier conseil d’Ursula Sila-Gasser est simple à formuler, mais pas toujours facile à appliquer : porter sur soi-même un regard plus bienveillant. « Cela peut déjà changer énormément de choses, plutôt que de rester enfermé dans la culpabilité ou la honte. »
Cette bienveillance aide à regarder son propre fonctionnement avec davantage de justesse.
« L’hypersensibilité peut être handicapante dans certaines situations, mais elle peut également représenter une chance. »
Pour en savoir plus
Profil d’Ursula Sila-Gasser sur le site de LaVida

Ursula Sila-Gasser.