MBTI : un outil pour mieux se connaître, pas une étiquette

MBTI

Le MBTI (Myers-Briggs Type Indicator) distingue 16 profils à partir de quatre préférences de fonctionnement. Très populaire dans le monde du travail et du développement personnel, il suscite aussi de nombreuses critiques. Manuela Forno, fondatrice du cabinet Crossroads et praticienne certifiée, nous aide à mieux comprendre cet outil, ses possibilités et ses limites.

Quatre lettres pour décrire notre manière préférée de fonctionner. La promesse a de quoi séduire. Sur internet, les questionnaires inspirés du MBTI se multiplient et proposent, en quelques minutes, de découvrir son « type ». INTJ, ESFP, INFP ou encore ISFJ : ces combinaisons sont devenues familières, notamment sur les réseaux sociaux.

Mais peut-on réellement décrire une personne à l’aide de quatre lettres ?

Pour Manuela Forno, le MBTI peut ouvrir des pistes intéressantes, à condition de ne pas le réduire à un test rapide ou à une série de portraits stéréotypés.

Après 15 ans dans les ressources humaines, notamment dans de grandes entreprises suisses et américaines, elle a souhaité recentrer son activité sur l’accompagnement individuel. Elle a fondé Crossroads en 2002 afin d’aider des personnes en réorientation professionnelle, en recherche d’emploi ou en questionnement sur leur avenir.

Son parcours lui a permis de connaître le marché du travail aussi bien du point de vue des recruteurs que de celui des candidats. Titulaire de plusieurs certifications, dont une pour l’utilisation du MBTI, elle intervient également auprès d’universités de Suisse romande et dans le cadre de reconversions professionnelles consécutives à une maladie ou à un accident.

Le MBTI n’est pas, à proprement parler, un test avec de bonnes ou de mauvaises réponses, mais un questionnaire d’auto-évaluation.

L’outil a été développé par Katharine Cook Briggs et sa fille Isabel Briggs Myers à partir des travaux du psychiatre suisse Carl Gustav Jung. Dans son ouvrage Types psychologiques, publié en 1921, Jung s’intéressait aux différentes manières dont les personnes orientent leur énergie, recueillent des informations et prennent des décisions.

Le MBTI organise ces préférences autour de quatre axes :

  • l’extraversion ou l’introversion, E ou I ;
  • la sensation ou l’intuition, S ou N ;
  • la pensée ou le sentiment, T ou F ;
  • le jugement ou la perception, J ou P.

La combinaison de ces quatre lettres aboutit à 16 profils. Le MBTI ne mesure toutefois ni l’intelligence, ni les compétences, ni les qualités humaines. Il indique une manière préférée de fonctionner.

Cette notion de préférence est essentielle. Une personne droitière peut utiliser sa main gauche, mais cela lui demandera généralement plus d’attention. De la même manière, chacun peut s’adapter à des situations différentes de son fonctionnement habituel.

La distinction entre introversion et extraversion est probablement la plus connue, mais aussi l’une des plus mal comprises.

Dans le langage courant, une personne introvertie est souvent décrite comme timide, réservée ou peu sociable. À l’inverse, l’extraverti serait bavard, à l’aise en public et naturellement tourné vers les autres. Pour Manuela Forno, cette lecture est trop réductrice.

« Chez Jung, l’introversion et l’extraversion ne correspondent pas directement à la sociabilité. Elles désignent plutôt la direction que prend notre énergie. »

Une personne ayant une préférence pour l’extraversion se ressource plus volontiers dans l’action, les échanges et le monde extérieur. Une personne ayant une préférence pour l’introversion se tourne davantage vers la réflexion, l’observation et son univers intérieur.

Cela n’empêche pas un introverti d’apprécier les relations sociales, de prendre la parole en public ou de diriger une équipe. De même, une personne extravertie peut aimer écouter et avoir besoin de moments de solitude.

« Nous utilisons tous les deux mouvements. L’idée est de comprendre lequel nous vient le plus naturellement et lequel nous demande davantage d’énergie. »

Cette nuance est importante, car une mauvaise interprétation peut rapidement conduire à des jugements. Dans le monde professionnel, considérer qu’une personne introvertie ne pourrait pas occuper un poste à responsabilités serait une erreur.

Les autres dimensions sont elles aussi régulièrement caricaturées.

La préférence S, pour sensation, correspond à une attention portée aux informations concrètes, aux faits et à ce qui peut être observé directement. La préférence N, pour intuition, se tourne davantage vers les possibilités, les liens entre les idées et la vision d’ensemble.

L’axe T-F concerne la manière de prendre une décision. Le T, pour thinking, privilégie généralement la cohérence logique et l’analyse. Le F, pour feeling, accorde davantage de place aux valeurs et aux conséquences de la décision pour les personnes concernées.

Cela ne signifie pas qu’un profil T serait dépourvu de sentiments ou qu’un profil F manquerait de logique. Les deux utilisent la pensée et les émotions, mais ils n’accordent pas spontanément la même priorité aux différents critères.

Enfin, l’axe J-P décrit la manière dont une personne préfère organiser son rapport au monde extérieur. Le profil J apprécie en principe davantage la planification, les décisions prises et les cadres définis. Le profil P préfère généralement garder les possibilités ouvertes et s’adapter au fur et à mesure.

Là encore, il ne s’agit pas d’opposer une personne organisée à une personne désordonnée. Un profil P peut parfaitement tenir un agenda précis, notamment si son activité professionnelle l’exige. Un profil J peut improviser. Le questionnaire cherche une préférence, pas une règle absolue.

Les profils ISFJ et ESFP permettent de comprendre pourquoi les quatre lettres doivent être interprétées avec prudence.

Les deux partagent les préférences S et F. Ils accordent donc volontiers de l’importance aux éléments concrets et aux conséquences humaines de leurs décisions.

L’ISFJ présente cependant une préférence pour l’introversion et le jugement. Il aura souvent tendance à observer avant d’agir, à s’appuyer sur son expérience et à rechercher une certaine continuité.

L’ESFP préfère l’extraversion et la perception. Il sera généralement plus attiré par l’expérience immédiate, l’interaction avec son environnement et la possibilité de s’adapter spontanément.

Ces descriptions restent de grandes lignes. Deux personnes ayant le même profil peuvent avoir des parcours, des comportements et des valeurs très différents. Le type ne permet pas de prévoir la qualité du travail d’une personne, sa maturité ou sa manière de traiter les autres.

L’évaluation officielle comporte plusieurs niveaux d’analyse. Le niveau I permet d’identifier les quatre préférences principales et le profil auquel elles correspondent.

Le niveau II va plus loin. Il examine différentes facettes à l’intérieur de chaque préférence. Deux personnes ayant obtenu le même type peuvent ainsi découvrir qu’elles ne l’expriment pas de la même manière.

« Il y a déjà énormément à faire avec le premier niveau, à condition de ne pas se limiter à annoncer quatre lettres et une liste de forces et de faiblesses », estime Manuela Forno.

L’accompagnement qui suit le questionnaire est donc important. Le résultat proposé doit être discuté avec la personne. Celle-ci peut le confronter à son expérience, exprimer ses réserves et déterminer si le profil lui correspond réellement.

Le praticien ne devrait pas imposer un résultat. Certaines personnes se situent près du milieu d’un axe et se reconnaissent dans plusieurs descriptions. Cette zone de flou fait partie de l’analyse.

Un questionnaire repose en grande partie sur la perception que la personne a d’elle-même. Or cette perception peut être influencée par son travail, son éducation, son état de santé ou les attentes de son entourage.

Quelqu’un qui exerce depuis longtemps un métier nécessitant de nombreux contacts peut se décrire comme très extraverti, même si ces interactions lui demandent beaucoup d’énergie. Une personne habituée à suivre des procédures strictes peut se croire naturellement organisée alors qu’elle préfère, dans sa vie privée, fonctionner de manière beaucoup plus souple.

« Les gens répondent parfois en fonction de ce qu’ils pensent devoir être, et pas forcément en fonction de ce qu’ils sont », relève Manuela Forno.

Les résultats peuvent aussi varier d’un questionnaire à l’autre, en particulier lorsque les préférences sont peu marquées. Les tests gratuits disponibles sur internet ne correspondent par ailleurs pas toujours au MBTI officiel. Certains s’en inspirent librement, avec des méthodes et des définitions différentes.

Manuela Forno se montre prudente face à l’utilisation du MBTI chez les enfants et les adolescents. À cet âge, la personnalité, l’image de soi et les stratégies d’adaptation évoluent encore fortement.

Un jeune peut répondre selon ce que sa famille, son école ou son groupe d’amis attend de lui. Il risque ensuite de prendre le résultat pour une définition définitive de sa personnalité.

L’outil peut éventuellement servir de support à une discussion, mais il ne devrait pas limiter les choix scolaires ou professionnels. Dire à un adolescent qu’un métier ne lui conviendra pas en raison de son profil serait particulièrement réducteur.

Dans la pensée jungienne, certaines dimensions moins utilisées pendant la première partie de l’existence peuvent aussi prendre davantage de place avec l’âge. Une personne ne devient pas nécessairement un autre type, mais sa manière d’exprimer ses préférences peut évoluer.

Le MBTI fait l’objet d’un débat ancien. Les défenseurs du MBTI mettent en avant des travaux portant sur la cohérence et la fiabilité de sa version officielle. Ils soulignent également son intérêt pour ouvrir le dialogue, améliorer la connaissance de soi et mieux comprendre certaines différences au sein d’un groupe.

Ses critiques lui reprochent notamment de répartir les personnes dans des catégories opposées, alors que les traits de personnalité se présentent souvent sous la forme de continuums. Une personne située près du milieu d’un axe peut ainsi basculer d’une lettre à l’autre selon ses réponses ou les circonstances.

La théorie des 16 types est également moins reconnue dans la recherche universitaire que le modèle des Big Five, qui décrit la personnalité au moyen de cinq grandes dimensions continues.

Cela ne signifie pas que le MBTI ne présente aucun intérêt. Plusieurs de ses axes recoupent des dimensions étudiées dans d’autres modèles de la personnalité. En revanche, il faut distinguer un outil de réflexion personnelle d’un instrument capable de prédire un comportement ou une réussite professionnelle.

Le MBTI ne devrait pas servir à sélectionner un candidat, à attribuer un poste ou à exclure quelqu’un d’une équipe. Il ne mesure ni les capacités, ni les connaissances, ni les performances.

Une entreprise peut l’utiliser pour travailler sur la communication, la collaboration ou les différences de fonctionnement au sein d’un groupe. Elle ne devrait pas décider qu’un profil serait naturellement meilleur qu’un autre.

« L’outil ne devrait jamais conduire à un jugement. Il permet d’observer une manière de fonctionner, sans basculer dans le bien ou le mal. »

Aucun type n’est supérieur aux autres. Chacun comporte des facilités, des points de vigilance et des possibilités de développement.

Découvrir son profil peut être rassurant. Certaines personnes comprennent mieux pourquoi elles se sentent à l’aise dans certaines situations et plus rapidement épuisées dans d’autres. Le danger apparaît lorsque les quatre lettres commencent à tout expliquer.

« À partir du moment où vous avez un type, cela doit dessiner quelques grandes lignes, mais pas définir l’ensemble de votre personnalité. »

Une personne ne devrait donc pas justifier tous ses comportements par son profil : « Je suis comme cela parce que je suis INFP » ou « Je ne peux pas faire ce travail parce que je suis introverti ».

Le type ne dispense pas non plus de se remettre en question. Il ne dit rien de la générosité, de l’intelligence, de la fiabilité ou de la maturité d’une personne. Deux individus portant les mêmes quatre lettres peuvent faire des choix très différents.

Comparer constamment son profil à celui des autres constitue un autre piège. Les tableaux de compatibilité et les portraits de personnages célèbres peuvent être amusants, mais ils reposent souvent sur des interprétations invérifiables.

Bien utilisé, le MBTI offre un vocabulaire pour parler des différences sans les hiérarchiser. Il peut aider à comprendre pourquoi une personne souhaite réfléchir avant de répondre, tandis qu’une autre construit sa pensée en parlant. Il peut aussi montrer pourquoi certains ont besoin de planifier et d’autres de garder une marge d’improvisation.

Son intérêt se trouve moins dans les quatre lettres que dans les questions qu’elles soulèvent.

Qu’est-ce qui me donne de l’énergie ? Comment est-ce que je recueille les informations ? Sur quels critères est-ce que je prends mes décisions ? Dans quel environnement est-ce que je travaille le plus facilement ?

Pour Manuela Forno, le MBTI doit rester un point de départ. Il ne délivre ni verdict ni mode d’emploi définitif. Il invite plutôt à observer son fonctionnement, à reconnaître celui des autres et à accepter que plusieurs manières d’avancer puissent être valables.

Manuela Forno

Pour en savoir plus sur Manuela Forno et son activité

https://crossroads.ch/

Quelques liens utiles

http://www.16-types.fr/16types.html

https://suivezlezebre.com/test-16-personnalites-decouvrir-profil-mbti

https://www.metamorphoses.be/fr/ressources/mbti/tout-savoir-sur-le-mbti

https://fr.themyersbriggs.com/tools/mbti